Samaroli West Indies Dark Rum 1948

94,00

Average score

Bottle Profile
Distillery Unknown
Origin
Bottler Samaroli
Type Unknown
Alcohol By Volume 49%
Sugar Measured 0
Description
Review 1

Rieviews

Review by "Cyril" Score: 94

si nous connaissons la date de distillation (1948 tout de même), nous ne savons rien de l’origine de ce rhum. D’après une petite enquête menée par el grande Pietro Caputo, à qui Silvano Samaroli se serait confié il y a plusieurs mois (l’histoire ne nous dit pas après combien de verres), il s’agirait d’un assemblage de rhums provenant de Martinique et de Jamaïque qui serait resté dans un ‘assez grand fût’. S’agit-il alors d’un rhum resté en foudre, et que les nombreuses années de repos auront lentement bonifiés? ou alors a t-il réellement vieilli près de 42 ans, sans doute choyés par des anges chétifs à la diète imposée et européenne? Les questions restent en suspens depuis 1991, date à laquelle ce West Indies Dark Rum 1948 sera mis en bouteille et proposé aux amateurs, à 800 exemplaires.

Nose: La robe de ce West Indies 1948 est ambré profond tirant sur une élégante couleur bronze, et semble lourde ; la couronne de larmes qui se forme sur le verre confirmera cette impression, et au-delà, elles resteront même comme suspendues, souhaitant sûrement profiter du paysage, de cette aération subite, de cet ultime bol d’air qu’elles attendent depuis si longtemps. Et alors que la peine se dissipe et que les larmes coulent, un parfum s’échappe déjà du verre, preuve que la belle a su garder ses attraits et que le charme traverse bien les générations. Et force est de constater que le parfum ne s’est pas fadé, qu’il a su rester concentré et mature et que s’il n’est pas de toute fraîcheur, il est élégant et candide: les fruits sont séchés, du routinier raisin aux plus exotiques de ses cousins ; les épices sont d’une fragilité extrême et d’une finesse éperdue et comme fondues dans le bouquet. Le fluide apparait complexe et les fruits séchés se font maintenant confits et cannelle, le boisé se recouvre d’un vieux vernis écaillé qui a traversé les siècles et qui rappelle insidieusement les souvenirs usés de meubles patriarches. Avec cette impression, quelque part, de rentrer dans le verre comme on pousse la porte d’une vieille demeure, avec des souvenirs surannés marqués d’une empreinte olfactive désuète et charmante qui vous saute dessus, et parfois vous fait éternuer. Charmante et désirable, méticuleusement usée avec des parfums de brocante et de chêne abîmé par le temps, de poussière et de voile blanc rendu beige par autant ; une odeur de commode, sur le coin duquel un vieil homme est accoudé, et vous raconte des histoires d’une autre époque à coup de « c’était mieux avant » ; certes différent, mais le charme de ce voyage garde un souvenir exquis, et déjà le visage de ce vieil homme s’évapore sous le trait lourd d’un tableau accroché sur un mur craquelé et jauni. Personne n’aurait jamais envie -et ne devrait jamais avoir l’idée- de faire pénétrer la lumière dans ce genre de lieu chargé d’histoire ; à quoi bon faire fuir le temps et ses stigmates, qu’il reste concentré et que restent fermés les rideaux et les tiroirs ; que cette maison reste étanche à la folie du présent. L’oxydation transforme et la lumière dénature les trésors, qui une fois découverts ne brilleront plus jamais du même éclat. Ainsi est faite la nature humaine, pseudo explorateur qui ne fait rien d’autre, au fond, que regretter et envier un passé révolu, et à jamais perdu. Une simple question de spirit, où la racine du mot prend tout son sens et fait couler l’histoire. L’intrigue est longue et les pages ne se comptent pas, elles se savourent en ne perdant rien, ni intérêt, ni essence ni parfum. Au contraire, le récit évolue même et rebondit, fait apparaitre d’autres personnages, tous liés, ou peut-être plusieurs générations. La vieille demeure se transforme même en habitation luxueuse entourée de champs de canne, et ses effluves exotiques rappellent maintenant une parenté plus végétale, et tellement élégante…

Palate: La bouche se fait attendre, mais qui aurait idée de boire une histoire? Ne serait-il pas plus facile, et avouons-le lâche, de remettre ces quelques gouttes à leur endroit, et de les oublier pour qu’un jour un autre ne les découvre, ne les fasse revivre encore et encore. Car la page se fait muette et la bouche, blanche, et tout se passe dans le silence. La suite est liquide et réveillera n’importe quel sens, à commencer par la vue ; car une fois en bouche, ce rhum la rendrait à un aveugle, et mieux, à celui qui n’a jamais voulu voir… l’évidence, celle de ce vieil homme qui la disait encore il y a quelques minutes. A cet instant on ne pense plus à cette maison ni à son aménagement intérieur, on veut tout simplement s’empresser et pousser le mobilier, en arracher les façades pour y trouver son cœur, soulever les draps, descendre les escaliers menant à son sous-sol pour y découvrir sa source. Car elle n’est pas tarie, elle jaillit encore, sans doute pas aussi vaillante qu’en 48, quoi qu’encore… Ce vieil homme cachait donc bien son jeu, ou était-ce la fatigue ou encore la sagesse, le recul ? Quoi qu’il en soit, son apparente sobriété cachait donc une richesse insoupçonnée, aromatique et quasi-biblique, un tout autre récit au bon souvenir de sa vitalité et de ses expériences qu’il a su concentrer là, dans un verre, et qu’il a su garder 68 ans durant. Le plus impressionnant est de voir, et de sentir, que le récit n’a pas pris une ride, qu’aucun coin d’aucune page n’a jauni et qu’il n’y a aucun cheveu blanc tombé au sol, aucune perte de mémoire ou de détails, aucune rancune boisée et âpre. Non, tout est au contraire d’une justesse insolente, d’un équilibre absolu, et en parler lui donnerait presque déjà moins de sens.

Finish: La puissance et la justesse de ses mots raisonnent dans un râle infini, et n’aura que très rarement donné autant de force à une dégustation. Car ce rhum raconte bien plus que des notes ou des arômes, il raconte une histoire et fait vivre des émotions, il concentre l’essentiel et le sublime avec subtilité et bon sens. Même fermé, le livre continuera de raconter son histoire, et Samaroli continuera à vivre dans chacune de ces pages.

Thoughts: Le rhum n’aura jamais autant été un support de communication, une occasion de voyager. Qu’il ait 40 , 10 ou 80 ans, ce rhum est une aventure hors du commun, et hors du temps.

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